Voici une première suite aux aventures de Marion,
l'héroïne des "Orangers de Versailles".
Découvrez ici le début de ce roman à lire dans le numéro d'avril 2008
du magazine "Je Bouquine".
Illustrations : Nathalie Novi
CHAPITRE 1
Versailles, cinq ans plus tard. Le mercredi 1er mars 1679.
Laprès-dînée* était bien avancée. Marion se trouvait dans le Cabinet des Parfums,
situé à quelques pas du Trianon de porcelaine. Depuis que le roi lui avait offert le
petit pavillon pour y exercer lart de la parfumerie, la jeune fille avait apporté à ce lieu
certaines modifications. Le luxueux mobilier avait rejoint les remises du garde-meuble
royal. Le salon raffiné où Louis XIV et Mme de Montespan aimaient à se reposer aux
heures chaudes des journées dété était devenu une salle détude dédiée à la
botanique.
Marion y avait fait installer de grandes tables et des étagères sur lesquelles étaient
disposés des bacs de terreau. Cétait là quelle menait ses recherches et cultivait
une quantité infinie de plantesodoriférantes. Sa préoccupation première était
dobtenir les essences rares et précieuses nécessaires à lélaboration du parfum
préféré de la reine Marie-Thérèse.
Cette fragrance, Marion lavait composée exclusivement pour Sa Majesté et celle-ci
laffectionnait tant quelle la portait chaque jour depuis un an.
Évidemment, toujours soucieuses dimiter la reine, certaines dames de la cour
avaient proposé à la jeune parfumeuse des sommes rondelettes pour se procurer
un flacon de la même senteur. Marion avait refusé tout net. Son art était au
service de la reine, et rien que la reine !
Marion termina son inspection matinale par les semis de plantes aromatiques
quelle avait faits deux semaines auparavant. Des feuilles minuscules dun vert
tendre sépanouissaient déjà à ras de terre. La jeune fille les effleura du bout des
doigts.
Il va me falloir repiquer ces pousses dès demain, pensa-t-elle, sinon elles vont
sétouffer à grandir ainsi, serrées les unes contre les autres, et jen ai absolument
besoin. Sa Majesté ne saurait être privée de son parfum ne serait-ce quune
journée.
Marion jeta un regard bienveillant à ses plantations tant aimées. Tout lui paraissait
en ordre. Elle respira une dernière fois lair embaumé de son havre de paix, et sortit.
Elle fit tourner la clef dorée dans la serrure et prit la direction du château. Lair était
frais. Marion serra son châle autour de ses épaules.
Elle était loin dimaginer la conversation qui, au même moment, se tenait dans les
appartements de la marquise de Montespan
* Ou après-dîner. Au XVIIe siècle, le dîner se prenait à midi ; laprès-dînée correspondait donc à
laprès-midi.